08/01/2015

Ce matin j'ai peur...

Un peu comme beaucoup de monde, je me suis levé groggy aux première lueurs de l’aube… Cette sale sensation qui me hantait en me couchant a décidé de se lever avec moi. J’aime pas trop être suivi, alors je vais l’écrire pour exorciser mes peurs.

Ce matin j’ai peur, mais je vous l’ai déjà dit. Le 7 janvier restera dans mon esprit comme le début d’une guerre. Une guerre sale, inutile et sans aucun but. Une guerre qui enferme. Une guerre qui ne libère pas les peuples, mais les cristallise dans leurs positions de repli.

 

Mais finalement, peur de quoi ?


J’ai peur de toi qui, dès l’annonce du massacre à Charlie Hebdo, a condamné un peuple, une religion sans savoir, sans connaître, sans attendre et prendre le temps du deuil et du recueillement. Ta haine a explosé et tu n’as pas imaginé un instant que c’est ta peur qui parlait. Ce matin tu as lancé des grenades contre un lieu de culte musulman. Tu ne fais pas mieux que ceux que tu condamnes en utilisant leurs méthodes.


J’ai peur de toi qui, hier soir, a défilé à la Bastille avec ceux qui sont blessés, meurtris, violés par l’acte insensé commis par des extrémistes le jour même, pour défendre le droit à l’information, la liberté de la presse alors que tu as, publiquement et en direct à la télévision nationale, descendu en flèche et tenté, par des moyens détournés, de faire interdire de publication ceux qui ne pensent pas comme toi. Toi le bobo pédant qui nous pollue avec tes émissions dont l’ennui n’a d’égal que la vacuité de tes propos… Achète-toi des valeurs, y’a du stock chez ceux avec qui tu oses défiler…


J’ai peur de toi qui, né dans un quartier défavorisé de parents probablement illettrés et sans la chance que j’ai eue d’être scolarisé dans un environnement où la violence ne conditionnait pas ma vie, t’es réfugié dans l’extrême, la haine de l’autre. Tu n’as pas développé l’esprit critique nécessaire à la vie en communauté, celle de la terre sur laquelle tu vis. Ta couleur, ta religion, ton éducation ne m’intéressent pas. L’unique valeur essentielle à une vie paisible tu ne l’as pas acquise : le respect de la différence.


J’ai peur de toi qui, au nom d’une appartenance territoriale, jouis sans discontinuer depuis hier à midi mais qui nous fais un discours larmoyant en prônant la défense du peuple alors que tu l’asservirais si tu en avais la possibilité. Tu veux nous renvoyer au moyen-âge en utilisant la peur de l’autre. Tu veux ressortir la guillotine et le peloton d’exécution. Tu vas y arriver en te reposant sur ces moments affreusement tristes et la peur qui en découle. L’humanité a déjà vécu ces moments et ces combats. Elle les revivra et tu perdras. C’est une question de temps.


J’ai peur de toi qui, soit-disant musulman modéré et chef d’un Conseil que peu reconnaissent, condamne les attentats en « comprenant que des dessins aient pu déranger des musulmans ». L’esprit critique, toi t’es pas venu à la distribution de toute évidence…


J’ai peur de toi qui, niant toute évidence, déplore la mort de deux policiers et te réjouis de la vengeance au nom d’un prophète qui ne t’a rien demandé. S’il existe, il pleure d’être aimé par des cons…


Et j’en ai pour d’autres aussi… J’espère juste pouvoir m’en débarrasser de cette peur, pour ne pas devenir comme vous.

Ca fait beaucoup de peurs et je me rends compte que je n’ai qu’une peur, une terreur, une angoisse aussi profonde qu’intangible : ne plus comprendre les hommes…

 

Mirko Righele
8 janvier 2015