01/03/2010

Baisse du taux de conversion LPP : une réponse simpliste à un problème complexe

Les votations du 7 mars vont écrire une nouvelle page d’histoire de notre système de prévoyance à 3 piliers.

En effet, 25 ans après l’introduction de l’obligation de s’affilier, la première réelle modification brutale du taux de conversion sera soumise au vote du souverain. Jusque-là, le Conseil fédéral s’était contenté de modifier, sous la pression du lobby des assureurs, le taux de rémunération minimum des capitaux d’épargne. L’adaptation récente du taux de conversion, passant de 7,2 à 6,8 % progressivement, ne peut être considérée comme une modification radicale de notre système de prévoyance.

Pour mémoire, lors de l’introduction de l’obligation d’affiliation, le 1er janvier 1985, le taux de rémunération obligatoire de l’épargne était de 4 % ! Un pourcentage inimaginable de nos jours, à moins de modifier la loi pour autoriser les fondations de prévoyance à investir les capitaux de manière plus dynamique qu’aujourd’hui.

Il est clair que la prochaine modification du taux de conversion sert uniquement à protéger à long terme le versement de nos rentes, et ceci est tout à fait compréhensible. Les diverses crises financières que notre pays a traversées ces dernières années n’ont pas permis aux institutions de prévoyance de maintenir les taux de couvertures imposés par la loi.

Cependant, une réflexion subsiste : jusqu’à quand devons-nous tirer sur la corde d’un système sans prendre conscience de notre responsabilité individuelle quant à notre propre survie ?

Je m’explique…

Toute ma réflexion est basée sur le principe des Droits et des Devoirs de chaque être humain. La modification que nous propose le Conseil fédéral porte très clairement sur les Droits dans ce sens qu’elle en restreint une partie en diminuant une prestation, ceci dans le but de la dispenser plus longtemps.

Est-ce vraiment là une solution à long terme ? Absolument pas ! La population va continuer à vivre plus longuement (20 ans après l’âge de la retraite pour les hommes et 23 ans pour les femmes), il faudra donc, prochainement, revoir ce taux de conversion pour l’adapter à l’évolution démographique de notre pays. Nous arriverons, à terme, à des rentes indignes de ce nom, des capitaux peu ou pas rémunérés et des retraites trop longues pour vivre comme des miséreux.

Et c’est là qu’intervient la notion de « Devoirs »… L’Etat providence a-t-il le devoir de faire vivre les membres de sa communauté en leur octroyant une belle retraite bien méritée, quel qu’en soit le coût ? Il est avéré que cette approche communiste du rôle de l’Etat est éculée depuis, presque, l’année de l’introduction de l’obligation de s’affilier !

Les « Devoirs » qu’il m’intéresse de mettre en avant sont ceux des membres de la communauté. L’heure de la prise de conscience est arrivée ! Chacun doit se rendre compte qu’il a le devoir envers lui-même ainsi qu’envers ses pairs de prendre en main sa vie, sa subsistance et, éventuellement, sa propre retraite. Il est tout de même étrange que, malgré les problèmes connus dus à l’augmentation de l’espérance de vie, la question de la prolongation de la période de travail ne soit pas clairement posée. Ceci est un exemple parmi tant d’autres de responsabilisation des travailleurs. Chacun doit avoir conscience qu’il est le seul qui doit prendre soin de sa survie, de celle de ses proches et de sa retraite. L’Etat n’est pas là pour palier à un manque d’organisation individuelle, mais pour diriger et accompagner les êtres humains qui le composent à cheminer le plus sereinement tout au long de leur vie.

Les pistes sont multiples pour tenter de maintenir des rentes valables sans sacrifier les institutions de prévoyance : une augmentation de l’âge de la retraite, une augmentation des contributions accompagnée d’un lissage des taux de cotisation (pour ne pas prétériter les travailleurs plus âgés), une période de contribution commençant avant 25 ans ou, bien entendu, une refonte totale du système de prévoyance à 3 piliers que nous connaissons.

En conclusion, cette initiative, toute bien intentionnée soit-elle, ne règle pas le problème des rentes de vieillesse à long terme. C’est un emplâtre posée sur une plaie destinée à se rouvrir ponctuellement pour nous rappeler qu’il ne faut pas soigner les symptômes, mais la cause…

Mirko Righele